Quelle horrible surprise, mon cher Aza ! Que nos malheurs sont augmentés ! Que nous sommes à plaindre ! Nos maux sont sans remède, il ne me reste qu’à te l’apprendre et à mourir.
On m’a enfin permis de me lever, j’ai profité avec empressement de cette liberté ; je me suis traînée à une petite fenêtre, je l’ai ouverte avec la précipitation que m’inspirait ma vive curiosité. Qu’ai-je vu ? Cher Amour de ma vie, je ne trouverai point d’expressions pour te peindre l’excès de mon étonnement, et le mortel désespoir qui m’a saisie en ne découvrant autour de moi que ce terrible élément dont la vue seule fait frémir.
Mon premier coup d’œil ne m’a que trop éclairée sur le mouvement incommode de notre demeure. Je suis dans une de ces maisons flottantes, dont les Espagnols se sont servis pour atteindre jusqu’à nos malheureuses Contrées, et dont on ne m’avait fait qu’une description très imparfaite.
Conçois-tu, cher Aza, quelles idées funestes sont entrées dans mon âme avec cette affreuse connaissance ? Je suis certaine que l’on m’éloigne de toi, je ne respire plus le même air, je n’habite plus le même élément1 : tu ignoreras toujours où je suis, si je t’aime, si j’existe ; la destruction de mon être ne paraîtra pas même un événement assez considérable pour être porté jusqu’à toi. Cher Arbitre de mes jours, de quel prix te peut être désormais ma vie infortunée ? Souffre que je rende à la Divinité un bienfait insupportable dont je ne veux plus jouir ; je ne te verrai plus, je ne veux plus vivre.
Je perds ce que j’aime ; l’univers est anéanti pour moi ; il n’est plus qu’un vaste désert que je remplis des cris de mon amour ; entends-les, cher objet de ma tendresse, sois-en touché, permets que je meure…
Quelle erreur me séduit ! Non, mon cher Aza, non, ce n’est pas toi qui m’ordonnes de vivre, c’est la timide nature, qui, en frémissant d’horreur, emprunte ta voix plus puissante que la sienne pour retarder une fin toujours redoutable pour elle ; mais c’en est fait, le moyen le plus prompt me délivrera de ses regrets…
Que la Mer abîme à jamais dans ses flots ma tendresse malheureuse, ma vie et mon désespoir.
Reçois, trop malheureux Aza, reçois les derniers sentiments de mon cœur, il n’a reçu que ton image, il ne voulait vivre que pour toi, il meurt rempli de ton amour. Je t’aime, je le pense, je le sens encore, je le dis pour la dernière fois…
1. Même élément : Zilia constate qu'elle et ses ravisseurs sont sur un bateau en mer.
Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.frTélécharger le manuel : https://forge.apps.education.fr/drane-ile-de-france/les-manuels-libres/francais-premiere ou directement le fichier ZIPSous réserve des droits de propriété intellectuelle de tiers, les contenus de ce site sont proposés dans le cadre du droit Français sous licence CC BY-NC-SA 4.0 